Téléréalité entre vous et moi

Au pire de la télé tu t’attendras

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Au pire de la télé tu t’attendras

Message par Nightshade le Sam 19 Avr - 12:40

Au pire de la télé tu t’attendras

Tendances. Quiz sur la vie privée, lardons à toutes les sauces, séries à la manque, stars de bureau et charité mal ordonnée… La saison printemps-été cathodique sera cheap.


Viens là, pose ta tête au creux de notre épaule, là, là, ne retiens pas tes larmes, laisse aller ton chagrin… Aheum, mais voilà qu’on s’égare dans de l’Amel Bent alors que nous étions en train de consoler nos télés éplorées. Eplorées, parfaitement. Et même rongées, dévastées, effondrées par la pub - qui rentre pus ma pôv’ dame -, l’audience de masse - piouf, c’est bien fini, ça - et le téléspectateur volage - après tout ce qu’on a fait pour lui. Allez, allez, on sèche ses larmes et on s’enlève les doigts de la prise Péritel. Retour d’affection du téléspectateur, protection de ton chiffre d’affaires, envoûtement de la courbe Audimat, talisman contre les mauvais programmes. Grand maître Libération, marabout infaillible, dresse les cinq commandements d’une grille réussie, piochés ici (lors de la conférence sur les nouveaux programmes donnée par The Wit, agence qui observe les petits écrans du monde) et là (un peu partout) lors du dernier MIP TV, le marché international des programmes.

L’intime tu interrogeras


Revenir aux fondamentaux. La télé, c’est pas fait pour les mormons ni pour savoir qu’en 1515, le vase de Soissons. La télé, ce meuble placé précisément dans notre intérieur, c’est fait pour mettre sa vie, ses tripes et, ne mégotons pas, son zizi sur la table basse du salon. Eh bien, les emo-games, la tendance lourde à venir, c’est exactement ça. Du jeu et de l’émotion. Plutôt que chercher qui a écrit le Boléro de Ravel, les emo-games, comme l’américain Amnesia, cuisinent le candidat sur sa vie privée. Et c’est pointu : nom du chat de sa vieille mère (Clarabelle), retrouver son paillasson personnel parmi quatre ou reconnaître l’écriture de sa femme. Gentil, oui, mais un peu janséniste. Alors qu’existent en Argentine ¿ Por qué no te callas ? («Pourquoi ne te tais-tu donc pas ?», en référence à la phrase de Juan Carlos à Hugo Chávez) et en Espagne El Sexómetro. Dans le premier, produit par Endemol, deux couples s’affrontent à coups de vérités assassines : coucheries, tromperies, détestation de belle-mère, tout y passe. Dans le second, sont analysées les pratiques d’un village à l’aune d’un sondage national sur la sexualité. Et chacun est sommé d’avouer ses mœurs ou de deviner ceux de son voisin. Alors, Pedro, quelle est la position sexuelle favorite de ta mère ? Well, well, well…

Des enfants partout tu saupoudreras

Bon ça, pour toucher au cœur la ménagère : des mignons petits enfants tout roses, tout jolis, avec du sel et du poivre et un peu de moutarde… Cette année, l’infestation est sévère avec l’américain My Dad Is Better Than Your Dad. Dans cet Intervilles mêlé de Fear Factor, des pères s’affrontent, tandis que leurs enfants, des étoiles dans les yeux au spectacle de leur géniteur plongeant son visage dans un bol de mygales, trépignent : «Vas-y, mon papa.» Dans un genre plus urticant encore, The Kids Are Alright oppose des fayots, pardon, des premiers de la classe, à des adultes dans un quiz culturel. Mais il y a pire avec The Smoke House où, du haut de leurs trois pommes, des enfants tentent d’obliger leurs parents à arrêter de fumer. OUAIS, J’VAIS TE MONTRER, MOI, QUE Y’A PAS QUE FUMER QUI TUE ! Pouf, pouf. Autre chatoyant programme où les facéties des petits d’homme ravissent, Old Enough. Votre enfant de 6 ans se dit assez grand pour aller acheter lui-même vos patchs antitabac ? On va voir ce qu’on va voir : des caméras le suivent dans la rue où ce nullos se perd au bout de 15 mètres.

Tes séries américaines toi-même tu feras


Bénie soit la grève des scénaristes américains : rien ou presque de nouveau à se mettre sous la dent. Sinon Eli Stone, un avocat d’affaires dont la vie, et certainement aussi un peu la sexualité, sont remises en cause du jour où il est pris d’hallucinations lui faisant apparaître George Michael à tout bout de champ. Rebénie soit la grève puisqu’elle donne lieu à un feu d’artifice de créativité. Soucieuses d’en finir avec leur dépendance aux séries américaines, les chaînes du monde entier font leurs propres séries américaines. Brillant. En Allemagne, Charite, Berlin Mitte est un remake de Grey’s Anatomy et l’on salive à l’idée de Dr Med Molly, un Dr House mais en femme. Le premier qui fait une blague va au coin. Dans un autre genre, le nouveau Betty la Fea adapté sur toute la planète en Ugly Betty et consorts pourrait bien être encore colombien. Sin Tetas No Hay Paraíso («Pas de seins, pas de paradis») voit des jeunes filles persuadées qu’il faut se faire refaire la poitrine pour goûter au bonheur et sombrer dans l’enfer de la drogue et de la prostitution. Des fois, la simplicité a du bon.

Ta star tu feras

La ficelle de la vedette est à manier avec précaution. Admirons donc la subtilité de The One And Only : aucune vedette dans ce concours de talent, mais des imitateurs de vedettes. Habile. Point de vedette pour juger les imitateurs de vedettes mais des fans de vedettes. Finaud. Dans la même veine rusée, on distinguera Born To Be Wild où de cacochymes apprentis chanteurs (70 piges minimum) finlandais (mais on peut le pratiquer ailleurs) s’entraînent à chanter et danser le rock around the déambulateur. Avant d’en arriver à ces extrémités grabataires, on testera The Calendar of The Year et The Singing Office qui transforment en stars de simples collègues de bureau. Le premier est une compète espagnole de calendrier sexy opposant el municipal policía de Casteljón aux secretarias de Zaragoza. Enfer de la vie de bureau toujours, le second, The Singing Office, recycle la mode des play-back d’Internet en faisant chanter comptables et ouvriers. Autant dire que Libération est candidat à ces deux jeux.

Des bons sentiments tu joueras

Alors évidemment, pour ce dernier commandement, on avait le choix. «Ta poufiasse de copine tu estourbiras», par exemple : dans Vanity Lair, de jeunes gens qui s’estiment bien mis de leur personne sont enfermés dans un loft et doivent s’éliminer en fonction de critères uniquement esthétiques. Ou «Ta prochaine même si elle est blonde tu chériras» : c’est Beat The Blondes, un quiz où un candidat affronte un cheptel peroxydé et découvre, hin-hin-hin, qu’il y en a sous le casque d’or. Ou encore «Jamais tranquille tu ne seras» : dans le jeu britannique Relentless, le candidat n’est pas interrogé sur un plateau mais n’importe où, et bien sûr au moment où il s’y attend le moins (dans un stade par le speaker, dans le métro par haut-parleur, par une bande de Hare Krishna). Mais voilà, ce serait négliger les bons sentiments et Oprah’s Big Give, le si estimable concept d’Oprah Winfrey. La célèbre animatrice américaine invite dix personnes réputées pour leur générosité à rivaliser de charité et d’abnégation auprès de petits trisomiques et de familles nécessiteuses. On s’embrasse, on pleure devant de tels dons de soi. Et puis Oprah Winfrey remet au plus généreux un chèque d’un million de dollars. C’est très dégoutant, miam.

RAPHAËL GARRIGOS et ISABELLE ROBERTS, Libé 19Apr08

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