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Le jour où...j’ai sauvé Claude François du lynchage.

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Le jour où...j’ai sauvé Claude François du lynchage.

Message par Nightshade le Dim 7 Déc - 15:33

Le jour où...j’ai sauvé Claude François du lynchage.
Par Armande Altaï.

Le jour où. Dans les arènes de Lunel, les Gitans ont envie d’en découdre. Je passe en première partie avec mon orchestre rock. Cloclo n’est pas le bienvenu. Bientôt, la foule va assaillir la scène...




Le jour où... « A l’époque, j’avais déjà un look d’enfer... »

En ce début des années 70, je suis une petite vedette locale en Provence. Tout en continuant ma formation au conservatoire d’art dramatique et lyrique, je tourne avec mon groupe de rock. Je fais la première partie de stars qui passent dans le Sud. Me voici engagée pour la tournée de Claude François. C’est la saison des corridas. Dans les arènes de Lunel, qui sentent le sang et l’urine de taureau, l’ambiance est oppressante. La foule hurle, menaçante. Juste avant le spectacle, Claude François, en professionnel maniaque, passe dans les loges pour inspecter ses Claudettes et ses Fléchettes, les choristes. Il soulève un bras pour vérifier si les aisselles sont bien épilées, regarde sous les jupes et traque les collants filés. Quand il nous aperçoit, mon groupe et moi, il est effaré. Tout en noir, cheveux en bataille, sauvagement maquillés, les bras et le cou chargés de chaînes et de colliers de chien. Je fais du rock, du vrai !

Ce jour-là, face aux Gitans aux yeux rouges qui ont envie d’en découdre, je le sens nerveux. Je déboule sur scène la première, sous les sifflements. Je fais signe à l’ingénieur du son de tourner tous ses boutons à fond. Quelques canettes s’écrasent à mes pieds. On me crie « Dehors ! A poil ! A mort ! » Je reçois des écrous, des vis. Je saisis le micro comme si c’était une arme et je me mets à hurler. Au lieu de reculer, je me précipite vers ceux qui grimpent sur scène et me mets à les menacer avec le pied de mon micro. Il faut croire que je les impressionne. Ils renoncent. Pour Claude François, les choses ne se passent pas aussi facilement. Pour la première fois de sa carrière, il n’entre pas sur scène comme en terre conquise. Les insultes fusent, la foule le hue. C’est le combat dans l’arène. Il achève péniblement quelques titres. Puis il lève les bras et arrête tout. Il fait braquer les lumières sur le public. Et balance : « J’ai voulu voir qui vous étiez, j’ai vu, je m’en vais. » A peine a-t-il fini que les arènes explosent. Instinctivement, je me jette dans l’encadrement de la porte que Claude François n’a même pas le temps de claquer. Comme un raz de marée, les gens déferlent au-dessus des barricades. Quelques-uns me tombent dessus, hésitent un instant. Juste ce qu’il faut aux policiers pour prendre le relais. Claude n’oubliera pas mon geste pour le protéger.

Il m’invite au restaurant le soir même. Lorsque j’arrive, il préside une grande tablée, très pâle, lunettes noires sur le nez. Près de lui, une place vide. Il me fait signe de m’asseoir. Puis une soirée merveilleuse commence... Il m’explique d’où il vient. Il évoque sa nostalgie orientale. S’il a conscience que je me suis mise en danger pour lui, ­il n’y fait pas allusion. Il me glisse ­seulement que j’ai une grande voix. Les jours suivants, il vient ­m’embrasser avant chaque ­représentation. Jamais il n’ose la moindre ­remarque sur mon look. Dans le fond, ça l’amuse.

Paris Match n°3107, 4 décembre 2008

Source : parismatch.com

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