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Quatorzième prime : victoire de Mickels

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Quatorzième prime : victoire de Mickels

Message par Nightshade le Sam 20 Déc - 14:39

Quatorzième prime : victoire de Mickels

ven déc 19 23:50 Par Kevin Moulback

Voilà, c'est fini. Le Titanic, qui s'enfonçait lentement dans les flots sombres et glacés depuis des mois, a enfin touché le fond. La demi-finale mémorable qui opposait la semaine dernière Alice à Gautier n'est pas parvenue à le faire remonter à la surface. Des demi-finalistes qui se ridiculisent, des professeurs qui s'écharpent, Enrique Iglesias qui manque s'estropier... Et tout ça pour à peine 4,8 millions de téléspectateurs. Quelle injustice !
Aujourd'hui, l'agonie s'achève. C'est la finale.


Pour célébrer cette der des der, les professeurs sont là au grand complet, avec Armande Altaï à leur tête. La directrice baroque a revêtu pour l'occasion ses plus beaux atours. Comme toujours sa tenue est en parfaite adéquation avec le moment. Rappelez-vous : en début de saison, cette femme de cœur s'était habillée en clocharde pour attirer l'attention sur le sort cruel des sans-abri à l'approche de l'hiver. De même, ce soir, elle s'est tout naturellement parée de ses bijoux les plus rutilants pour se déguiser en arbre de Noël. Quel goût exquis !

Nikos passe naturellement en revue tous les aimables membres du corps enseignant, éplorés à l'idée de retrouver bientôt l'anonymat dont la plupart d'entre eux n'auraient jamais dû sortir. Mais ne voilà-t-il pas que les sournois n'ont pas respecté leur ordre habituel ? Anne Ducros, professeur de chant, a échangé sa place avec Rafaël Amargo, professeur d'expression corporelle, sans doute pour s'éloigner de son ennemie jurée, la terrible Marine Méchin, coach en développement émotionnel. Du coup, Nikos en oublie complètement de présenter Rafaël Amargo. Pourtant Rafaël arbore un éclatant costume rouge écarlate et un t-shirt doré, il est donc assez difficile de le rater. Mais Nikos est fidèle à son prompteur : si ça n'est pas sur le prompteur, c'est comme si ça n'existait pas.

Bien sûr, Nikos ne s'attarde pas plus que que nécessaire sur ces futurs chômeurs. Il nous présente les deux tribus trépignantes qui vont s'affronter ce soir : les supporters d'Alice et ceux de Mickels. Il annonce en préambule que "la Starac a mis sur un pied un dispositif pour que vous puissiez vivre en direct l'ambiance de folie qui règne dans les QG". Et il semble bien en effet qu'il y ait deux "QG" distincts : celui d'Alice à Marseille, dirigé par sa tante Annie, et celui de Mickels à Charleville-Mézières, sous la houlette de sa sœur Deborah. Tante Annie semble tout à fait hystérique, du moins jusqu'à ce qu'apparaisse Deborah, déjà en pleurs alors que l'émission commence à peine et pour laquelle il faut sans doute inventer un nouveau mot comme super-hystérique.

On imagine que ces deux armées sont stationnées dans leur contrée d'origine. Mais voilà qu'alors qu'une adjointe au maire de Marseille explique qu'Alice est à l'image de la cité phocéenne (les Marseillais apprécieront la comparaison), le père de Mickels, au comble de l'excitation, apparaît soudain à l'écran en poussant des hurlements. Charleville-Mézières, riante cité des Ardennes, n'étant pas dans la proximité de Marseille, cela semble bizarre. En fait, les deux QG sont sur le plateau. La production de l'émission n'a pas jugé nécessaire d'établir les campements rivaux dans leur sombre province d'origine. Il n'y a pas de petites économies après tout. En plus, si ça se termine en bataille rangée, cela fera des images formidables.

Toute cette mise en scène est bien évidemment secondaire. Ce qui compte, ce sont les deux finalistes. Mickels est venu seul ; Alice est venue avec ses chœurs. En effet, dès le début du spectacle, la jouvencelle établit clairement deux choses : il ne faut pas compter sur elle pour chanter en anglais et il ne faut pas compter sur elle pour chanter juste. La production de l'émission, pleine de ressources, s'en est arrangée. On raccourcit un peu les chansons, on ajoute quelques effets sur sa voix, on convoque une chorale gospel si besoin, et l'affaire est dans le sac. Alice peut se concentrer sur ce qu'elle fait le mieux : sourire.

Rihanna, l'aimable marraine de cette huitième promotion, a donc la joie d'interpréter son tube "Umbrella" avec une choriste doublée et toute molle. On a même parfois vaguement l'impression que Rihanna chante avec elle-même. Quand la voix d'Alice est perceptible, elle est souvent fausse, même sur les refrains. Réussir à faire des fausses notes quand on chante simplement "eh eh eh eh eh eh", je ne sais même pas comment c'est possible.

Après ce duo qui donne donne envie de zapper immédiatement sur NCIS, la production a imaginé un duel original, au cours duquel les finalistes sont censés révéler leur face cachée. Le secret de Mickels, c'est qu'il joue du piano (on fait comme si on ne l'avait pas vu en jouer tout au long de la saison). Mickels interprète donc "Lucie" de Pascal Obispo en s'accompagnant au piano. Et là, paf, double faute ! Son attaque vocale est fausse, son attaque au piano est fausse aussi. C'est décidément la soirée des records.

Le secret d'Alice, c'est qu'elle sait danser le flamenco. Elle interprète donc "Hasta Siempre", une chanson qui célèbre la lutte révolutionnaire de Che Guevara, en dansant le flamenco. C'est déjà bizarre en soi, sauf qu'Alice ne danse pas du tout le flamenco, elle se trémousse en une sorte de danse du ventre maladroite. Rafaël Amargo, lui, danse le flamenco à ses côtés (fort mal d'ailleurs) avant de se frotter frénétiquement au bassin d'Alice, sans qu'elle perde son inaltérable sourire pour si peu. Comme ils ont des vêtements sur eux, on peut encore appeler ça de la danse ; s'il n'en avaient pas, ça évoquerait plutôt la sodomie. Inutile de dire que ce n'est pas gracieux du tout.

À l'issue de ce petit numéro burlesque, Nikos se précipite, la bouche pleine d'explications : "Il faut juste dire, pour la petite histoire, que ce duel, ils n'ont pas vraiment eu le temps de le répéter". Cette franchise l'honore mais, en tant que téléspectateur, ça me gène quand même un peu qu'on me présente un spectacle qui n'a même pas été répété. Après son duo avec Alice, Christophe Maé aura une excuse encore plus délicieuse : "C'est pas évident d'être ici, sur ce plateau, en direct, avec toutes ces caméras". Donc, en gros, les glorieux finalistes n'ont pas répété et ils ont peur des caméras. Dans ces conditions, évidemment, ça va être difficile de faire quelque chose de bien.

Comme il convient pour une finale, Alice et Mickels bénéficient tous deux d'un merveilleux tableau imaginé par Kamel Ouali, le plus grand chorégraphe de France. Hélas, tous deux sont bien fatigués à ce stade de la compétition. La chorégraphie sera donc réduite à sa plus simple expression en ce qui les concerne. Alice, vêtue de la robe sans doute la plus échancrée du monde, se fait essentiellement transporter dans toutes les positions par les danseurs qui l'accompagnent sur "Diamonds Are a Girl's Best Friend" de Marylin Monroe, tandis que des chœurs enregistrés soutiennent sa voix. Mickels, lui, doit plutôt éviter les danseurs, qui font toutes sortes d'acrobaties autour de lui, pendant qu'il interprète "Let Me Entertain You" de Robbie Williams. On est loin de l'énergie déferlante de l'original mais la performance est quand même très méritoire parce que Mickels force clairement son naturel pour remplir le rôle d'un showman extraverti.

Mickels montre à nouveau son professionalisme durant son duo avec Véronique Sanson sur "Vancouver". Véronique est comme d'habitude, c'est à dire imprévisible (si vous avez pensé à un autre adjectif, vous êtes un goujat) et Mickels parvient néanmoins à contrôler ses écarts et à conduire la chanson à bon port. Nikos, lui aussi, parvient à maîtriser la situation quand Véronique, s'agrippant soudain à son micro, se lance dans un discours un peu confus.

Hélas, les éclairs de brillance de ce genre sont rares et brefs. Le prime est encombré par les bruyantes interventions des QG, où des supporters chauffés à blanc s'égosillent, ou par de fastidieux rappels du mirobolant parcours de chacun des finalistes. La malheureuse Marine Méchin, qui sait habituellement nous distraire avec ses aphorismes philosophico-comiques, est réduite au silence. Quant à l'hommage à Grégory Lemarchal, sous la forme d'une interprétation collégiale de son premier titre, "Écris l'histoire", par une trentaine d'anciens élèves, elle tourne à la face pas drôle quand certains en profitent pour faire leur promotion. Et quand Cyril Cinélu et Magalie Vaé, les gagnants mal-aimés reprennent la chanson a cappella, ils sont interrompus brutalement par une coupure publicitaire. La grande classe...

Heureusement, Anne Ducros est là pour nous faire rire. Qui est Anne Ducros, me direz-vous ? C'est celle dont on nous disait la semaine dernière, durant un petit reportage introductif, que certains la comparent à la grande Ella Fitzgerald. Je ne sais pas très bien qui sont ces mystérieux individus qui comparent Anne Ducros à Ella Fitzgerald, tout comme d'ailleurs j'ignore qui sont les hurluberlus qui, l'année dernière, comparaient Yvan Cassar à Mozart. Je peux juste supposer que ces gens doivent être sourds, aveugles ou idiots, voire les trois à la fois.

Quoi qu'il en soit, alors que le prime touche à sa fin et que chacun a pu juger que, sans le secours de la technique, Alice est inaudible ou insignifiante, Anne Ducros assène tout à fait sérieusement : "S'il doit y avoir une morale à cette belle histoire de la Star Academy 8, c'est que si, comme Alice, on travaille, travaille, travaille, travaille, on arrive à être en finale. Elle était outsider totalement. Elle a été nominée presque à chaque fois. Elle est en finale. Elle fait un show extraordinaire. Elle est crédible dans tout ce qu'elle chante et tout ce qu'elle fait. Elle bouge divinement. Elle est sublime. Bravo, bravo, bravo."

Et là, chose incroyable, un éclair a déchiré le ciel, transpercé le toit du plateau et foudroyé sur place Anne Ducros ! Ce n'est malheureusement qu'un rêve mais je suis néanmoins d'avis que quelqu'un qui débite avec autant d'assurance de telles énormités mériterait d'être foudroyé sur le champ. Alice a certainement beaucoup de qualités, l'aisance vocale et la faculté d'interprétation n'en font pas partie. À tout prendre, je préfère encore l'appréciation de Sheryfa Luna : "Je trouve qu'Alice, elle est fraîche, voilà." C'est vrai que la fraîcheur est une qualité appréciable, en particulier pour le poisson et la salade.

Bien sûr, dans ma grande générosité, je ne vais pas vous faire l'épuisant compte rendu de toutes les prestations d'un prime qui dure trois heures mais paraît en durer dix. Je mentionnerai toutefois le retour de la troupe de Cléopâtre, la nouvelle comédie musicale de Kamel Ouali. Ses membres interprètent avec Mickels "L'Accord", une chanson déjà interprétée lors du cinquième prime mais qui s'en souvient, n'est-ce pas ? Cette chanson, qui consiste essentiellement en la joyeuse répétition du refrain : "Une main sur l'occident et le coeur en orient, par l'accord qui nous tient, les deux mondes n'en feront qu'un". Personnellement, j'adore les chansons dont on sent qu'elles ont été écrites en cinq minutes sur un coin de table, un dictionnaire de rimes à la main.

Du duo d'Alice avec Quentin Mosimann, lauréat de la Starac 7, je vous dirai simplement que l'un des partenaires souriait en permanence et l'autre non. L'un se trompait donc grossièrement sur le sens de la chanson. Je vous laisse deviner qui. Même si c'est facile, je vous donne un indice : Quentin voulait chanter avec Mickels.

Alors que tout le monde est pressé d'aller se coucher, Nikos entame une fastidieuse litanie de remerciements. Je ne lui jette pourtant pas la pierre. Pas plus tard que mercredi soir, j'étais moi-même dans la même situation, un micro et une liste interminable à la main, à assommer un auditoire poli de l'énumération exhaustive de ma gratitude. Dans le cas de Nikos comme dans le mien, ça fait du bien quand ça s'arrête.

Le moment que les téléspectateurs attendent depuis des heures, l'œil vissé sur leur montre, arrive enfin. Maître Moya, l'affable huissier, pénètre sur le plateau, une enveloppe à la main. C'est Rihanna qui va l'ouvrir, un honneur qui échoit traditionnellement à Nikos. Encore une antique coutume bafouée mais ce n'est pas trop grave, du moment que ce n'est pas Céline Dion qui ouvre l'enveloppe. Vu son comportement étrange de l'année dernière, elle aurait été capable de jongler avec ou de lui chanter des chansons.

Quoi qu'il soit, Rihanna ouvre l'enveloppe et lit le nom qu'elle contient : c'est Mickels qui l'emporte, triomphant d'Alice avec 52,2 % des suffrages (curieusement, Rihanna est la seul à prononcer le nom de Mickels à la française : Mi-ka-el). Une sirène retentit soudain - c'est la voix de Josh Groban, qu'on n'arrive décidément pas à chasser du plateau depuis la semaine dernière - tandis qu'une pluie de confettis noie le plateau. Christophe Maé remet à Mickels le trophée étoilé signe de sa victoire, Pascal Nègre, le président d'Universal Music France, n'ayant pas jugé nécessaire de faire le déplacement cette année. Mickels a gagné ; cela veut dire qu'Alice a perdu. Elle pleure donc (mais, conformément à ses habitudes, elle garde néanmoins le sourire). Gautier se précipite pour la consoler et Alice découvre soudain le sens du proverbe "Un malheur n'arrive jamais seul".

Naturellement, alors que Mickels étreint son horrible trophée en plastique, vous êtes sans doute saisi d'une brûlante interrogation métaphysique : y aura-t-il une Starac 9 ? Cela pouvvait paraître exclu au vu des audiences très médiocres du prime comme de la quotidienne. Mais Nonce Paolini, le nouveau président de TF1, vient d'annoncer que "Laurence Ferrari était installée pour vingt ans aux 20 heures". Cela semble indiquer soit que son rapport au monde réel est des plus ténus, soit que des audiences minables ne lui font pas peur, et dans ce cas tout est possible.

En tout cas, pour cette année, c'est fini ! Ouf.

À bientôt,

Kevin Moulback

Source : fr.tv.yahoo.com

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